2020, année de toutes les violences


22 Mar
22Mar

« La crise sanitaire a contraint les instances politiques et judiciaires et le maillage associatif a faire preuve de beaucoup d'adaptation ; il a fallu être réactif » se souvient Marine Lucas. Devant un danger reconnu comme réel, la lutte contre les violences intrafamiliales est devenue une priorité dès l'annonce du premier confinement en mars 2020. Et selon l'avocate, tous les dispositifs déjà en place en Ille-et-Vilaine ont été renforcés. Pourtant les chiffres qu'elle a présentés à l'occasion d'une table ronde organisée par le CIDFF 35 disent combien toutes ces mesures sont restées insuffisantes. On ne peut pas parler d'augmentation, dit-elle, mais d'une « explosion » !


Marine Lucas est avocate, membre du CA du CIDFF 35 où elle assure des permanences juridiques et du groupe de défense des victimes au sein du Barreau de Rennes. Autant dire qu'elle connaît son sujet. Le 17 mars dernier, dans le cadre des journées des droits des femmes de Rennes Métropole, elle intervenait en visio-conférence sur l'impact de la crise sanitaire sur les violences conjugales. « Les deux confinements auxquels on a dû faire face – a-t-elle expliqué – ont favorisé l'isolement des femmes victimes ; c'était comme un piège qui se refermait sur elles ».

Et les chiffres le disent aussi clairement que les mots. Pour l'année 2020, en Ille-et-Vilaine, les violences intrafamiliales ont augmenté de 37,7% (pour une moyenne nationale de 8,7%). Sur les dix communes du département couvertes par la Police, explique encore l'avocate, on compte 191 procédures en cours soit une hausse de 26% par rapport à l'année précédente. Et les chiffres sont encore plus impressionnants pour les communes couvertes par la Gendarmerie : 2065 faits de violences recensés contre 1336 en 2019.


Un objectif affiché : aucune victime ne doit rester seule


Marine Lucas pointe une certaine « libération de la parole des victimes et de leurs proches et l'amélioration des conditions d'accueil dans les commissariats » qui pourraient justifier que « les victimes se manifestent davantage » mais tout en précisant que ça n'explique pas tout. La crise sanitaire et notamment les périodes de confinement ont été dit-elle « catastrophiques » pour les victimes.


Pourtant, insiste-t-elle « l'ensemble des acteurs engagés dans la lutte contre les violences s'est fortement mobilisé avec un seul objectif : aucune victime ne doit rester seule ! » Et les dispositifs déjà efficaces se sont vus renforcés par quelques nouveautés. 

Notamment aux appels au 17 et au 3919 on a ajouté le dispositif SMS au 114 ou encore le code « Masque 19 » utilisé dans les pharmacies ; les permanences juridiques associatives ont été doublées du dispositif « porteur de parole » qui permet à des tiers (parents, voisin-es, ami-es, professionnel-les) de transmettre des informations avec l'accord de la victime ; des téléphones « grave danger » ont été mis à disposition (72 pour les cinq départements bretons). Et même un numéro d'écoute pour les auteurs de violences a été proposé (le 08 019 019 11).


Avec l'ordonnance de protection, des décisions en six jours


Du côté du traitement judiciaire, Marine Lucas le reconnaît le premier confinement a été assez difficile. Mais là encore les violences conjugales ont été une priorité. « Nos juridictions – dit-elle – se sont retrouvées fermées au public avec un service minimum réservé aux situations d'urgence parmi lesquelles, heureusement, les violences intrafamiliales ». Et notamment la possibilité d'obtenir pour les victimes une ordonnance de protection.


L'avocate salue l'efficacité de cet outil dédié, créé en 2010, qui permet au Juge des Affaires Familiales de mettre en place en urgence non seulement des mesures qui relèvent de sa compétence mais aussi des mesures relevant de la compétence du Pénal. Des interdictions de rencontres, des mesures d'éviction du domicile, des prises en charge sanitaire, psychologique ou sociale ont ainsi pu être immédiates. « L'avantage – martèle l'avocate – c'est qu'une fois le juge saisi on peut avoir une décision en six jours ! »


Pour le CIDFF 35, la période actuelle a « un effet de loupe sur les rapports sociaux-familiaux entre les hommes et les femmes » et peut être considérée comme « un amplificateur des inégalités ». Si les dispositifs déjà en place et ceux qui ont été introduits à cette occasion montrent toute leur pertinence, il n'en demeure pas moins que face aux violences beaucoup de travail reste à faire, et comme le souligne Marine Lucas, « il faut rester mobilisé-es ».


Geneviève ROY

photo : pancarte vue à la manifestation du 20 novembre 2020 à Rennes 

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