Les petites filles de Gisèle


14 Mar
14Mar

« J’étais très étonnée de voir l’engouement des jeunes autour de Gisèle Halimi à l’occasion de son décès en juillet 2020 » confie Jessie Magana. L’autrice lui a consacré un ouvrage en 2013 en pleine affaire DSK ; les choses estime-t-elle ont bien changé depuis, notamment grâce à #Metoo. A l’invitation de l’association Déclic Femmes, elle propose une conférence mardi prochain sur ces différentes « générations féministes ».


Jessie Magana est née en 1974. Une époque dit-elle où « le féminisme était ringard ». Trop jeune pour vivre la période stimulante des années 70 et « trop vieille » (c’est elle qui le dit) pour « être une jeune militante des années #Metoo » elle estime faire « partie de la génération entre les deux, celle du creux de la vague ». « Quand j’avais seize ans – dit-elle – être féministe c’était être agressive ; on pensait que c’était un combat d’arrière-garde, qu’on avait tout gagné et qu’il n’y avait plus besoin de lutter. »


« Elle se servait du droit pour le faire évoluer »


Celle qui prétend être passée pour « une virago » pendant toute son adolescence se réjouit aujourd’hui de jouer un « rôle de trait d’union » entre les générations. Et s’enthousiasme en constatant que la jeune génération, celle qui milite dans les années 2010/2020 s’empare avec enthousiasme des figures féministes des années 70. Et notamment de celle de Gisèle Halimi dont Jessie Magana a retracé le parcours dans son livre « Non au viol » dans la collection jeunesse « Ceux qui ont dit non » chez Actes Sud.


A l’association Déclic Femmes de Rennes, Fatima Zédira, la fondatrice et directrice, s’est elle aussi intéressée à Gisèle Halimi en choisissant de proposer aux femmes qu’elle accompagne de travailler sur ce remarquable parcours militant. Elle a donc invité Jessie Magana pour une conférence numérique dans le cadre des journées du mois de mars autour des droits des femmes de Rennes Métropole.


Mardi soir, le propos de l’écrivaine devrait donc mettre en lumière la figure de l’avocate mais surtout ses combats et la particularité de ses actions. « C’était une avocate donc elle s’inscrivait dans le droit mais en même temps elle se servait du droit pour le faire évoluer et montrer que les lois peuvent être injustes » défend Jessie Magana, exemples à l’appui. Avec le procès de Bobigny, Gisèle Halimi a fait avancer la législation sur la contraception et l’avortement ; avec celui d’Aix, celle sur le viol. La conférencière veut se servir de ce point d’appui pour « mettre en lumière les actions d’aujourd’hui et démontrer qu’elles peuvent encore avoir un impact sur la société et sur les lois ».


« C’est assez vivifiant de voir l’écart entre 2013 et aujourd’hui »


L’affaire DSK, estime-t-elle, a été « une occasion manquée ». Il a fallu attendre quelques années pour que « la société soit prête » à accueillir la vague #Metoo. « Gisèle Halimi – se souvient-elle – avait fait une tribune en s’insurgeant contre les propos que certains tenaient à propos de Nafissatou Dialo et beaucoup de femmes, alors, ne l’avaient pas soutenue ». Après #Metoo, après le décès de la militante des premiers jours, « cette figure, honorée par les gens de sa génération mais restée inconnue pour les plus jeunes » est devenue emblématique.


A tel point que l’éditeur de Jessie Magana a accepté de republier son livre. « La première partie qui est un roman n’a pas bougé mais j’ai entièrement remanié le dossier qui l'accompagne » explique l’écrivaine qui ajoute avec enthousiasme : « c’était assez vivifiant de voir l’écart entre 2013 et aujourd’hui ! Il y a eu tellement d’évolutions dans les mentalités, dans la loi, la parole qui se libère, les oreilles qui s’ouvrent... tout ce qui était en germe dans les années 70 puis avait été enterré ensuite ! »


Dans sa conférence, Jessie Magana évoquera également son dernier roman, Nos Elles déployées, qui vient de sortir et met en scène trois générations de femmes militantes. Avec la crise sanitaire et les restrictions de toute sorte, elle qui enchaîne d’ordinaire les interventions en milieu scolaire - ces « rencontres qui la nourrissent » - a dû prendre l’habitude des visioconférences et se console en se disant que « c’est frustrant mais mieux que rien ».


Derrière l’écran, elle reconnaît se sentir « amputée ». « Même si on est nombreux dans une salle, les gens qui lèvent la main, on les voit, il y a un échange de regards, le corps est impliqué… surtout sur des sujets comme ça qui touchent l’intime ; on a besoin du corps pour parler de ça. J’aurais préféré une salle avec un public qui ne se connaît pas mais où la sororité se met en place parce que ce sont des femmes et qu’elles ont des expériences à partager ! » 


Geneviève ROY 

Pour aller plus loin

Conférence "Générations féministes de Gisèle Halimi à la vague #Metoo, en quoi les combats de Gisèle Halimi sont-ils inspirants pour les luttes actuelles pour l'égalité entre les femmes et les hommes ? organisé par Déclic Femmes le mardi 16 mars à 18h  - Réunion Zoom   :   https://us05web.zoom.us/j/87441198840?pwd=clVTbnY5dGxSY2FhcUJ3Yk04NXJSUT09ID de réunion : 874 4119 8840
Code secret : 1ky9mp

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